Allons plus loin.

Nos patients posent de nombreuses questions pour essayer de comprendre ce que nous faisons, ce qui se passe dans leur corps, pourquoi la douleur apparait, pourquoi est-elle présente toujours au même endroit.

J'utilise toutes sortes d'images et d'exemples afin de vulgariser le travail qui est effectué. En tant que patient il est important de comprendre les mécanismes biopsychosociaux qui sont en jeu, et une bonne perception et visualisation du travail lui permet d'accepter plus facilement l'information donnée.

Mais pour comprendre ce qui suit, il faut poser la base de fonctionnement du corps, ce qui sous-tend toute la communication corporelle sous tous ses aspects.

Faisons un petit retour en arrière, aux premiers stades de l'évolution avec les premiers organismes pluricellulaires. Ceux-ci étaient soumis à leur environnement, dépendants des variations des conditions du milieu de vie, et de fait, soumis à une mort prématurée si l'environnement devenait moins propice à leur développement.

L'évolution a alors permis la mise en place d'un système nerveux primitif afin de percevoir l'environnement extérieur. Mais cette information ne sert à rien si elle n'est pas utilisée ! La seconde partie de leur évolution fut l'apparition d'un mécanisme neuro-moteur afin de mouvoir l'organisme. Mais cette réponse motrice est corrélée aux informations extérieures, elle est adaptée et intelligente, dans le sens ou il existe une variation de la réponse en fonction des information extérieures, et ce de manière automatique.

Pourquoi cette évolution s'est mise en place, pourquoi l'organisme n'est pas resté au stade précédent ?

Le moteur de cette évolution et des suivantes n'est autre que la nécessité pour l'organisme de prolonger son équilibre dans le temps, en d’autres termes prolonger sa vie.

Revenons à aujourd'hui et explorons notre système nerveux. Nous possédons des outils performants qui nous permettent d'explorer l'environnement de manière fiable ; ce sont nos 5 sens.

Ils nous permettent d'avoir une lecture précise de la réalité extérieure, nous apportant des informations auditives, visuelles, gustatives, odorantes et tactiles. Il est évident que si nous mettons la main sur une surface trop chaude nous la retirons aussi tôt, tout comme nous fuyons à la vue d'une scène qui est un danger pour nous....

Nous avons donc une réaction adaptée à notre environnement...mais pas tout le temps malheureusement.

Qui ne s'est pas cogné la tête, le pieds, qui n'a pas raté une marche, mal saisi un objet, qui ne s'est pas fait une entorse, une chute...

L'habitude veut que nous trouvions tout ceci normal ; certes ça l'est pour un jeune enfant en apprentissage de sa proprioception et de sa coordination, mais plus tard, ceci n'est plus "normal" même si cela est commun.

Que se passe-t-il alors dans le système nerveux pour qu'il y est ces erreurs de gestion de la motricité ?

Le gyrus cingulaire antérieur est une zone cérébrale préfrontale qui permet de se projeter dans une action, et d'orienter son attention sur l'extérieur de notre corps, mais aussi sur l'intérieur, ce qu'on appelle l'interoception.

Le cerveau reçoit de manière inconsciente un flux de donnée permanent de l'ensemble de notre corps auquel il répond. Par exemple c'est le mécanisme proprioceptif qui permet au cerveau de connaitre la tension tissulaire musculo-tendineuse et de renvoyer une information motrice qui contracte ou non les muscles afin de simplement rester debout par exemple. Nous avons ainsi un schéma corporel propre qui est fonction de notre schéma de tension postural directement induit par nos tensions et mémoires. Nous savons que tous les individus n'ont pas la même posture et celle-ci est une conséquence directe du schéma émotionnel.

Concernant nos erreurs de gestion de la coordination, si notre attention se porte sur nos mémoires et souvenirs, nous activons la tension interne correspondant alors à cette mémoire, ce qui amène une nouvelle information intéroceptive au système nerveux qui n'est plus en corrélation avec la situation dans laquelle se trouve le corps...Nous pouvons effectuer un certain point des taches en automatique sans être dérangé dans notre coordination, mais si la charge d'information intéroceptive domine, alors le système nerveux n'est plus en capacité de répondre correctement aux informations environnementales. Il va alors répondre aux informations internes actives, ce qui désynchronise la réponse motrice liée à l'action en cours ; nous tapons alors dans la marche, nous avons une faiblesse de tonus lors de notre appui, nous jugeons (à tort) le bienfondé d'une action qui nous amène à nous blesser...les exemples sont infinis.

Pour le comprendre il faut explorer le 6e sens. 

Tous autant que nous sommes nous percevons, que nous le voulions ou non, notre environnement et nos congénères d'une manière plus fine et inconsciente que les 5 autres sens. Nous savons quand notre ami(e) ou parent n'est pas bien, nous trouvons agréable ou non un lieu que nous découvrons pour la première fois. Alors oui, certains signes visuels donnent une information, mais celle-ci est corrélée à une sensation, un ressenti interne qui correspond à une information émise par l'autre ou l'environnement.

Il entre en jeu également des neurones miroir qui effectuent et miment la personne qui est en face de nous mais sans exécuter les mouvements. Ceci nous permet de comprendre la gestuelle et les mimiques de l'autre car notre inconscient les simule et les fait correspondre à nos propres schémas.

Néanmoins je suggère que la sensation générée par la présence de l'autre est prépondérante aux mécanismes d'analyse visuel par exemple, puisque nous pouvons les ressentir avant même d'avoir vu la personne. 2 exemples courants appuient cette version. Le premier est la réaction des chiens ou chat qui sentent l'arrivée de leur maitre 5 à 10 minutes avant leur arrivée à la maison. Les animaux manifestent de la joie et une excitation quant au fait de sentir leur maître rentrer au foyer.

Le second est la réaction d'un jumeau, quel que soit la distance qui le sépare de son frère ou de sa sœur, lorsque ce dernier vit quelque chose d'important et de stressant. Souvent il est relaté que le jumeau sait que son autre jumeau a vécu quelque chose au moment même où cela arrive.

Il existe donc une communication inconsciente entre nous, indépendante des 5 sens communs. J'expliquerai plus loin les mécanismes qui sous-tendent cette circulation d'information

Faisons un petit retour en arrière, lors de nos études, avec l'étude de l'entorse de cheville (pour nous ostéopathes). Mécaniquement parlant, nous comprenons et sentons dans nos mains les tensions qui sont en jeu ; du point de vue neurologique il s'agit d'un maintien des tensions tissulaires et musculaires par la boucle Gamma, influx nerveux généré par l'étage médullaire correspondant court-circuitant le cerveau.

Mais s’il suffit de déprogrammer cette boucle gamma par des techniques de TGO, de Johns de fonctionnel ou même en structurel, pourquoi alors reste-t-il des tensions et des douleurs résiduelles après la séance. Souvent je vois dans mon cabinet des douleurs et gênes suite à des entorses survenues plusieurs mois auparavant et déjà traitées par d'autres thérapeutes. Même si le travail qui a été réalisé est totalement cohérent et bien effectué, il faut comprendre que l'information de l'entorse (pas le simple petit étirement) a été somatisé ailleurs dans le corps ; c'est elle qui maintient tout le système bloqué. 

Le cerveau reste alors sur la sensation apparue lors du traumatisme. 

Ainsi, les informations afférentes de proprioception ne sont pas celles qui devraient être car la boucle gamma modifie le tonus des muscles de la jambe. Ceci induit dans un premier temps une modification de l'appui, donc du centre de gravité et l'adaptation par réponse efférente du cerveau de toute une chaîne myofasciale sur l'ensemble du corps.

En parallèle à ce phénomène, nous avons la présence de cette somatisation qui, en plus de verrouiller le cerveau sur ce traumatisme, crée-t-elle aussi une tension tissulaire qui va s'adapter dans le corps.

Il faut visualiser une somatisation comme une sorte de nœud ou trou noir... oui ! Elle attire tous les tissus périphériques à elle dans tous les plans de l'espace et crée une autre adaptation posturale en parallèle de celle générée au niveau du pied.

Ainsi nous nous retrouvons avec un double schéma postural adaptatif à la fois indépendants mais aussi dépendant puisque la somatisation maintient tout le système.

Lors d'un traitement local du pied, nous nous apercevons dans nos tests que nous devons alors remonter une chaine d'adaptation dite ascendante. Mais où faut-il s'arrêter ? Car si nous restons dans une lecture articulaire, le bassin reste souvent la limite de traitement, mais si nous passons un tissulaire (liquidien, fascial), nous trouvons d'autres adaptations plus hautes qui se terminent généralement sur un viscère qui est assez complexe à libérer entièrement. Plus le travail se fera haut sur cette chaine plus la réponse du patient sera efficiente. Mais pour autant il restera des reliquats de tensions qui entraînerons un retour du schéma initial et possiblement un maintien des douleurs et des gênes.

Prenons une image simple ; si nous voulons éteindre la lumière, nous ne retirons pas l'ampoule mais nous appuyons sur l'interrupteur ; il en est de même pour le corps, nous devons agir en amont et non en aval. Si nous traitons l'information à sa base, c'est à dire là où tout est maintenu, nous aurons alors une réponse de l'ensemble du système, tant au niveau neurologique, que local, que fonctionnel, hormonal, vasculaire, postural...

Le gardien de cette information est le même qui traite l'ensemble des informations intéroceptives, à savoir le système limbique. C'est lui qui est en charge de la gestion des émotions et des comportements. C'est grâce à lui que nous affectons des valeurs positives ou négatives à des évènements, que nous mémorisons ces mêmes souvenirs ou que nous supprimons les informations superflues.

Mais comment alors accéder à cette information ? Elle est bien enregistrée dans différentes structures cérébrales et l'échelle des neurones ne nous permet pas d'aller stimuler quelques neurones au centre du cerveau...

Si nous empruntions la voie tracée. Si nous stimulions les mêmes régions que celles impliquées dans la naissance des émotions ! 

Lorsque la charge de stress vécue par le cerveau est trop forte, une mémoire émotionnelle apparait dans le corps. C'est ce que j'ai cité plus haut comme étant une somatisation. En même temps le souvenir traumatique de l'événement se programme dans le système nerveux ; c'est ce qu'on appelle l'état de choc. Alors celui-ci peut être relativement mineur (trauma au sport, petit accident sans gravité) mais peut être beaucoup plus traumatisant (viol, stress post traumatique de la guerre, gros trauma, coma...).

Une fois cette mémoire ne plie elle va dominer le raisonnement conscient faisant revivre en back office la sensation vécue. Cette dernière sera alors transposée au quotidien. Ainsi un chien qui nous a mordu nous empêche de nous approcher des autres chien, un accident nous empêche de prendre la voiture, une colère qui ne retombe pas contre le compagnon...

Alors bien entendu le système nerveux apporte des solutions afin de continuer à vivre convenablement mais il ne s'agit là que de compensations, et non d'une réelle libération, qui aggravent la charge d'information à gérer par le système nerveux et affaiblissent le corps par la modification locale du terrain.

Revenons-en à la déprogrammation. Ces somatisations sont tissulairement palpables puisqu'elles entraînent une modification vasculaire locale qui charge la densité de la zone comparativement à l'environnement proche.

Le travail du thérapeute est alors de les stimuler tissulairement afin de réactiver le schéma mémoriel cérébral correspondant. Ceci ne suffit pas à libérer l'information puisque le cerveau simplement revivre le stress mais dans un espace-temps différent. C'est notre exemple de la peur d'un chien suite à une morsure enfant. Rien ne change et le prochain chien fera le même effet.

Il faut alors couper le système nerveux de la notion d'espace et de temps afin de lui permettre de réellement revivre uniquement que l'événement traité. Cela se fait par la stimulation de deux zones cérébrales toujours grâce aux zones viscérales.

Une fois ces techniques réalisées, nous observons alors un relâchement du corps, tant au niveau musculaire que vasculaire, avec une sensation de lourdeur du corps sur la table. C'est le nerf vague libère la stimulation de muscles artériels et ainsi augmente l'apport vasculaire par vasodilatation.

Nous voyons là une réponse d'un grand intérêt puisque plus un tissu est vascularisé, plus il est oxygéné, plus est souple et en équilibre acido-basique. Ceci est la définition même de l'état de santé.

Une fois cette information réintégrée, tout le mécanisme d'adaptation se défait de lui-même. Alors bien sûr le thérapeute accompagnera ce travail pour faciliter le retour à l'équilibre.

Le patient pourra alors reprendre le cours de sa vie sans être influencé par sa mémoire.

Le premier intérêt est bien entendu de libérer une douleur ou une gêne ; le second est beaucoup plus large du point de vue de l'impact. En effet, si nous perdons moins d'énergie à compenser ces tensions, à répéter des erreurs des coordination ou de jugement, si nous perdons moins de temps à devoir réparer ces erreurs ; nous économisons du temps et de l'énergie pour les choses qui sont vraiment importantes, i.e. prolonger son équilibre en état de santé dans le temps, c'est à dire prolonger sa vie...

Il est tout à fait stupide de passer par Paris pour aller à Rome en venant de Marseille...Pourtant c'est ce que le cerveau bloqué dans ses schémas nous pousse à faire.

S’il y a un réel intérêt ou plaisir à faire ce détour, alors celui-ci deviendra intelligent, dans le sens de l'intelligence émotionnelle. C'est ce qui nous permet de nous adapter intelligemment et rapidement à aux situations extérieures, en accord avec ce que nous sommes intrinsèquement et la situation proposée. En d'autres termes il s'agit de l'intuition, le meilleur rapport entre l'environnement et notre schéma, sans avoir besoin de réfléchir et d'analyser, tout comme notre organisme pluricellulaire dont je vous parlais au début. 

Nous voyons donc que l'attention du système sur son environnement est essentiel au maintien de l'équilibre du corps sous tous ces aspects. Focaliser en permanence son attention sur un imaginaire, des sensations internes, des souvenirs est une source de stress supplémentaire sur le cerveau qui ne peut gérer les reste des informations entrantes correctement, un peu comme si 3 ou 4 personnes vous parlent en même temps, vous n'en écoutez plus aucune. Le cerveau met alors en défaut des systèmes ; mémoire, proprioception, équilibre (vertiges), physiologie, émotion, relationnel...

Nous voyons donc tout l'intérêt que nous avons à travailler par cet abord. La facilité d'accès à l'information active, la facilité pour la libérer définitivement, l'impact positif sur l'ensemble de tout le corps.

Si la vie est une randonnée avec un sac à dos ou plus nos avançons et nous vieillissons, et plus la pente se redresse, et ou plus nous vivons des stress, plus nous mettons des cailloux dans ce sac ; il apparaît logique de vider ce sac avant d'attaquer la pente raide afin d'avoir assez d'énergie pour aller plus loin en bonne santé.